L'ordinateur c'est la réalisation d'un rêve, ou presque, car l'ordinateur est plus un avenir qu'un passé, mais un avenir que l'on peut deviner éblouissant. C'est la réalisation d'un rêve, comme l'avion, le téléphone ou la télévision, mais inachevé comme eux: l'avion ne va pas à domicile, le téléphone ne transmet que la voix et la télévision n'a pas encore le relief (et pas toujours la couleur). L'ordinateur, c'est le rêve du robot, de l'esclave mécanique. Et non seulement «musclé», mais «intelligent»: la machine qui peut prolonger et aider, sinon remplacer, le cerveau de l'homme. La machine qui peut agir seule: l'automate1. À l'époque où ce texte fut publié, il y avait à peine 4000 ordinateurs en France et un peu plus de 100000 dans le monde. C'étaient de grosses machines et elles étaient destinées principalement au calcul et à la robotique. Plusieurs traits fondamentaux de ce que nous appelons aujourd'hui un ordinateur en étaient absents: leurs interfaces graphiques ne pouvaient par exemple afficher, le plus souvent, que du texte (donc pas de souris, pas de logiciels «point and click», etc.). Aujourd'hui, alors que le mot «ordinateur» évoque avant tout l'ordinateur personnel (le Personal Computer, ou PC pour les intimes), conçoit-on ces machines comme des «esclaves mécaniques intelligents»? Parmi les millions d'utilisateurs qui font appel quotidiennement à l'informatique pour, par exemple, rédiger une lettre et l'imprimer, écouter de la musique, trier des photos ou se distraire en tuant des ennemis virtuels, qui traite les ordinateurs en robots? Sans doute y voyons nous parfois des automates, au sens employé par les auteurs: «machine qui peut agir seule». Mais nous les substituons moins aux cerveaux humains qu'à d'autres outils et techniques. Le traitement de texte remplace la machine à écrire, les lecteurs multimédias remplacent les cassétophones, CDs, les magnétoscopes...Et si dans un jeu comme les échecs, l'ordinateur peut faire figure de cerveau «qui pense», son utilisation dans les jeux vidéo (simulation de courses automobiles, de combats, de missions de guérilla, de constructions de cités) lui donne fréquemment une autre dimension. Sa caractérisation principale n'est plus d'être un «cerveau non-humain», mais une réalité infiniment aménageable, et éventuellement efficace. En fait, entre l'aménagement esthétique et l'efficacité technique, la frontière est plutôt mince. |